15 septembre 2010
Exclu deux fois
J'écris peu en ce moment pas parce que je manque d'imagination, au contraire, par manque de temps.
Parmi les évènements qui m'ont donné envie de réagir, il en est un qui me révolte particulièrement : le traitement que l'on réserve au Roms. Rejetés aux marges des sociétés bulgares et roumaines, faisant souvent office de bouc émissaire facile, les voici pourchassés sur des bases ethniques en France. On les accuse d'être des voleurs, on démantèle leurs camps, on leur détruit le peu qu'ils ont et, on les renvoie dans leur pays d'origine, d'où ils sont exclu. Cercle vicieux. Vies broyées.
Enfants Roms dans le gymnase de Choisy
après le démantèlement de leur
camps
Alain Bachellier
Plutôt qu'un long discourt, j'ai choisi de détourner une chanson. Il s'agit de Double peine du groupe Zebda. Magyd Cherfi est tellement génial qu'il n'y a quasiment rien à changer pour que son texte s'applique aux Roms.
J'ai la tête de celui qui s'entête
Peut-être
même du voleur de bicyclettes
De celui qu'a la main près du sac à
main
Qu'on s'y trompe, moi sans passer d'examen
Je sais ce que
vous avez jamais su
Non, nu, niet, dans toutes les langues nada
Le
bossu ne fait pas sa vie avec Esmeralda
En tous cas si t'y crois, je
te pince !
C'est dans les rêves que les bergères épousent des
princes
Je suis celui qu'on a exclu deux fois
Ici et puis
là-bas
Je suis celui qu'on a exclu deux fois
Ici et puis là-bas
On
m'accuse d'être de toutes les combines
Mendiant agressif et fausse
victime
Je sais bien que c'est pas là le moindre défaut
Et qui
prend l'ascenseur pour l'échafaud, hein ?
Je fais la confidence à ces
tordus...
Mais je l'ai dit et redit et si tu lis ma bio
Tu y
trouveras une enfance comme il faut
Si tu cherches le Bronx, reste
dans ton ghetto
Mais s'il est véridique que je suis né dans la rue
Je
suis celui qu'on a exclu deux fois
Ici et puis là-bas
Je suis
celui qu'on a exclu deux fois
Ici et puis là-bas
Non, non je
n'ai pas le culte des racines
Je prends pas ce qu'il y a dans la
vitrine
J'écoute la voix qui me dit "va chercher la lumière"
Mais
je vais pas courir la vie entière
Mais je vais pas m'échapper
davantage
Derrière le tramway qui s'appelait déjà dégage
Et je
vais pas attendre qu'on m'épluche
La tête dans le sable comme une
autruche
Non ! Je cours, je galope et jusqu'à bout de souffle
Je
cours dans la neige et sans les moufles
Ainsi est la rencontre du
quatrième type
Retour à l'expéditeur, c'est pas le bon prototype
Je
sais où je gêne
Que j'ai des airs de celui qui t'choure l'oxygène,
car...
Je suis celui qu'on a exclu deux fois
Ici
et puis là-bas
Je suis celui qu'on a exclu deux fois
Ici et puis
là-bas
01 juin 2010
Quand Sarkosy défendait la retraite à 60 ans...
En 2008, Nicolas Sarkozy déclarait ne pas avoir de mandat pour modifier l'age légal de départ à la retraite (60 ans).
En 2008, le MEDEF réclamait la retraite à 63 ans.
En 2010, Nicolas Sarkozy propose la retraite à 62 ou 63 ans... Son mandat a-t-il été modifié? Citoyens français avez-vous revoté? Ou le président a-t-il modifié sa vision de son mandat?
Qui la convaincu de changer? Le peuple? Non, 57% des Français sont pour la retraite à 60 ans (sondage BVA pour France Info, Absoluce et Les Echos du 26.5.2010). Le MEDEF?
Pour écouter notre président (qui fait ce qui dit et qui dit ce qui fait), voici la vidéo (très instructif) :
31 mai 2010
La situation des minorités hongroises hors de Hongrie
Après ce rappel historique, il est tant de parler de la situation actuelle des magyars, d’autant qu’ils font à nouveau l’actualité, dans un sens inquiétant.
Ainsi donc, après le traité du Trianon la Hongrie a vu son territoire limité à son cœur historique laissant d’importantes minorités dans les pays voisins, 3 million d’habitants tout de même. Après la seconde guerre mondiale la situation évolua. D’abord les allemands souvent installés depuis plusieurs siècles en Hongrie, et dans les pays voisins, fuirent massivement l’avancée de l’armée rouge. Le retour n’étant nul part souhaité, ils restèrent généralement en Allemagne. Les hongrois, alliés des nazis subirent eux aussi des répercutions. Tout d’abord entre octobre et novembre 1945, 40 000 d’entre eux furent massacrés en Voïvodine (région yougoslave annexée par la Hongrie). Tito refusa toute fois la déportation des hongrois. En outre, début 1946, la Hongrie est contrainte d’accepter un échange de population avec la Tchécoslovaquie. 300 000 personnes, slovaques et hongrois, passent alors la frontière pour rejoindre le pays qu’on a estimé être "le leur".

Statue la la Liberté à Arad en Roumanie
Élevée en hommage aux treize officiers hongrois fusillés par les autrichien en 1849
La
figure féminine symbolisant la Liberté étant affublé d'une couronne
hongroise, les roumain y ont vu un monument nationaliste hongois. Il fut donc
démonté en 1925 puis réinstallé en 2004 dans le cadre de la
réconciliation roumano-hongroise
Photo de Domokdr / Wikipédia
Avec le communisme, les questions nationales passent au second plan. Chaque république populaire accorde des droits plus ou moins étendus à ces minorités tout en étouffant et réprimant la moindre agitation irrédentiste.
Avec la chute du mur de Berlin, l’Europe centrale se remet en question. Au grand soulagement de tous cela se fait sans heurs. L’Allemagne réunifiée reconnaît ces frontières issues de la guerre (ligne Oder-Niesse reconnue par le traité germano-polonais de novembre 1990), Tchèques et Slovaques divorcent pacifiquement. Malheureusement, il n’en est pas de même dans les Balkans ou la guerre ravage l’ex Yougoslavie. Là, la question nationale devient centrale. La purification ethnique met la Croatie et surtout la Bosnie à feu et à sang. Puis les revendications ethniques gagnent le sud avec la question albanaise en Macédoine puis au Kosovo. Au jour d’aujourd’hui, le risque de nouvelles tensions reste fort tant en Bosnie (problème serbe), qu’en Macédoine voir au Monténégro et au Kosovo (problème albanais).
Mais, l’Europe centrale ne semblait pas poser de problème. Pourtant la question hongroise perdure plus ou moins visiblement. Si le nombre de magyars vivant hors de la Hongrie a diminué de moitié entre 1920 et 2010, passant de 3 à 1,5 millions, elle n’en demeure pas moins importante. Voyons d’abord où sont les minorités hongroise. C’est simple, dans tous les pays bordant la Hongrie, avec par ordre d’importance :
Roumanie : 1 447 544 habitants, soit 6,7% de la population
Slovaquie : 520 528, soit 9,7% de la population
Serbie : 355 000, soit 4,8% de la population
Ukraine : 156 600, soit 0,3% de la population
Autriche : 40 583 habitants, soit 0,5% de la population
Croatie : 22 355 habitants, soit 0,48% de la population
Slovénie : 7 713 habitants, soit 0,4% de la population
Mais ces chiffres bruts sont trompeurs, il faut les rapporter à la situation réelle sur le terrain. C’est ainsi que la quasi totalité des 1,4 millions de hongrois de Roumanie est installée en Transylvanie (région hongroise jusqu’en 1920), où ils représentent 20% de la population. Ils sont même majoritaires dans deux district (judet), Harghita (84,6 %) et de Covasna (73,8 %). Et représente une forte minorité dans quatre autres. Ils bénéficient de garantie linguistique notamment depuis 2004. Les hongrois de Roumanie sont représentés au parlement roumain et européen par l'Union démocrate magyare de Roumanie. Le mouvement hongrois local réclame l’autonomie culturelle et territoriale.
Carte de la Wikipédia représentant la part de magyars dans la population totale
En Slovaquie, la population magyare se concentre dans la partie sud du pays tout le long de la frontière hongroise. Ils sont majoritaires dans 2 districts : à Dunajská Stredaet (Dunaszerdahelyen hongrois) 87% de la population locale, et à Komárno (Komarom en hongrois) 72% des habitants. Une protection officielle existe dans toutes communes peuplées de plus de 20% de ressortissant d’une minorité. Ce seuil est parfois jugé trop haut, notamment par les hongrois qui voudraient l'abaisser à 10%. Pour comprendre l'importance de ces seuils ils faut savoir que les magyars représentent 20% de la population dans 272 communes et 10% dans 523 (il existe au total 2 760 communes en Slovaquie). Les associations magyares de Slovaquie réclament de meilleurs garanties, notamment un redécoupage administratif, l'actuel tracé des régions leur paraissant trop défavorable à leur communauté et, une autonomie culturelle et éducative. Les hongrois sont représenté au parlement par le Parti de la coalition hongroise. Depuis la dissolution de la Tchécoslovaquie la situation des hongrois est un peu moins aisés. On ne compte pas de grave accrochages mais une série d'incidents. En outre, depuis septembre 2009, l'usage du hongrois a été limité dans l'administration et les services publics slovaques.

Part des magyars dans la population Slovaque
Source : Hungrian Human Rigths Fondation
En Serbie, la population hongroise est principalement installée dans la province de Voïvodine. Ils sont 290 207 soit 14% de la population. Après une période de reconnaissance à l’époque titiste, les hongrois subissent le nationalisme agressif de l’époque Milosevic. Leurs droits linguistiques sont contestés voir bafoués. Pendant la guerre la situation se détériore, tant pour les hongrois que pour les autres minorités. La police locale (serbe) mène une politique de "serbisation". En outre, selon les association communautaires, une milice les "Faucons serbes" se livre à des exactions : bombardement de villages, assassinats, viols, etc. dont sont principalement victime les "indésirables", les croates et "incontournables", les hongrois. C'est ainsi que plusieurs villages furent "purgés" pour recervoir des réfugés serbes venus de Croatie ou de Bosnie (source LECLERC, Jacques. «La Voïvodine» dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, [http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/voivodine.htm], (30 mai 2010)). Au final ont estime que 35 000 hongrois quittèrent la région. Aujourd’hui la situation est stabilisée. Le hongrois est langue "d’usage officiel" dans toutes communes peuplées de plus de 15% de magyars (la règle s’applique aux autres minorités). La communauté magyare est représenté dans les instance politique locale et nationale notamment par l'Alliance des Hongrois de Voïvodine. Malgré tout, la Voïvodine avec ces multiples nationalités, six langues officielles et vingt nationalités recensées reste un modèle d'harmonie entre les communautés.

Source : Jean-Arnault DÉRENS. «Les ''petits peuples'' oubliés des Balkans» in Le Monde diplomatique, Paris, juillet 2003, p. 16-17. Cité par LECLERC, Jacques. «La carte ethnique de la Voïvodine» dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, [http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/Voivodine-map-lng.htm], (30 mai 2010)
En Autriche, seule la région de Burgenland comporte une petite minorité hongroise. Depuis 2000, le hongrois est d’ailleurs langue officielle dans plusieurs localités du Bundesland.
En Croatie et Ukraine le hongrois est reconnu comme langue minoritaire, elle est langue d’usage dans trois localités slovènes : Hodoš, Dobrovnik et Lendava.
Comme on le voit la situation des minorités hongroises varient d’un pays à l’autre. Seul les pays à forte population hongroise (Slovaquie, Roumanie et Serbie) posent problèmes. Les nationalistes de ces pays accusent régulièrement les hongrois de "revanchisme" c'est-à-dire de vouloir détruite l'Europe issue du traité de Trianon et, de souhaiter la création d'une "grande Hongire intégrant les régions à forte minorité hongroise. A ce jour, la situation semble s’être stabilisé en Voïvodine et Transylvanie. Mais, les choses sont moins claires en Slovaquie où la création d’une identité nationale dans ce jeune pays (indépendants depuis 1993 seulement) se fait en partie en contestant le rôle historique de ces deux puissants peuples voisins qui sont les Tchèques et les Hongrois.
Logo du Forum de l'Alliance des Hongrois de Voïvodine
12 mai 2010
Mammuth
Quel film étrange ! Des images qui semblent être filmées en super 8 (vraie pour quelques scènes d'ailleurs),
montrant un des faits bruts sans faux semblants, à première vu le film semble
être un reportage, voir un film amateur. S’il fallait faire une comparaison,
disons que cela rappel l’émission Strip Tease. Pourtant, au fur et à mesure
que le film avance, le sens artistique des auteurs devient évident. Le parti pris graphique entraine le spectateur.
Le scénario est simple, un homme arrivé à l’âge de la retraite sillonne le département à la recherche des fiches de payes introuvables. Dans cette quête, Mammuth, le personnage principal, remonte sa vie. Il croise toute sorte de gens des cyniques, des salauds, des sympas, un fantôme, une nièce simple d’esprit, etc.
Les réalisateurs nous donne à voir une réalité sociale crue, voir cruelle. Rien ne nous est épargné des dérives les plus triviales des personnages, pas même la séance de branlette entre cousins sexagénaires. Pourtant s’il frôle la vulgarité, il ne franchi jamais la limite. Les personnages, les décors, les costumes sont réalistes mais légèrement désuet et, d’un banal tellement travaillé que cela devient irréaliste. On a l’impression d’avoir déjà tout vu mais jamais avec une telle intensité. ça en devient presque gênant. Banal, crue, trivial on semble toucher le fond pourtant il y a une poésie dans ce film.
Mammuth est bourru mais gentil, un géant tout doux dit sa nièce simple d’esprit. Il s’en prends à un boucher qui ne connaît pas assez bien le jambon mais, se laisse insulter par un viticulteur qui ne l’a pas déclaré. Mammuth ne se dirige jamais sa colère vers les escrocs, ceux qui l’ont exploité, volé. Il incarne une sorte "bon" travailleur. Suffisamment ours pour être repoussant mais, suffisamment docile pour toujours tout accepter. A chaque désillusion, il semble dire "c’est comme ça, qu’est que tu veux y faire ?". Malgré les apparences sa vie l’a lentement miné, il a perdu toute estime de soi toute confiance en lui-même. Pourtant, il découvre lui aussi sa part de bonheur, son grain de folie qui fait sa force. Il se dégage de ce concentré de vie de la tendresse, de l'amour, une sorte mélodie populaire et émouvante.
06 mai 2010
Daniel Cohn-Bendit "On fait de l'argent sur le dos de la Grèce"
Génialissime intervention de Daniel Cohn-Bendit au Parlement Européen sur la crise grecque.
Quelques idées fortes :
- "Vous êtes complètement fous", "ce que doit faire le gouvernement Papandreou est pratiquement impossible"
- "On fait de l'argent sur le dos de la Grèce. C'est intolérable". "L'Allemagne emprunte à un taux de 1,5% pour prêter l'argent à la Grèce avec un taux de 5%.
- Il dénonce aussi le poids exorbitant des dépenses militaires en Grèce (en raison de forte tension avec la Turquie) et ajoute "on leur donne de l'argent pour acheter nos armes [frégates et rafales français, sous-marins allemands]. On est complètement hypocrites"
- Plus globalement, il demande une initiative européenne pour réellement aider la Grèce et lui assurer la sécurité militaire
Çà c'est de la politique!!!
05 mai 2010
Solidartité avec le peuple grec
Au motif de porter secours à la Grèce, dont la population est tragiquement frappée par la crise, un prêt 50 milliards d’Euros lui est accordé par les pays de l'Union européenne, dont la France, et le FMI. Mais peut-on encore parler d’une aide lorsque les taux d’intérêts pratiqués par les prêteurs sont trois points plus élevés que ceux dont bénéficient la France ou l’Allemagne sur les marchés financiers ?
Une bonne affaire pour les pays "riches" qui "aide" le pays "pauvres" non?
Ismail Dogan Caricature sans frontière
Où réside la solidarité quand les conditions fixées pour l’octroi de ces prêts conduisent la Grèce à augmenter les taxes à la consommation, à repousser immédiatement de deux ans l’âge légal de départ en retraite, à baisser les salaires des fonctionnaires, à diminuer les retraites, à programmer de drastiques réductions d’emplois dans les services publics ?
On les "aide" mais on leur fait payer et en plus on leur demande de saborder leur service public. Sympa non?
Pour "aider" la Grèce on emprunte de l'argent sur les marché financier. La crise enrichie donc les spéculateurs, ceux là mêmes qui portent une responsabilité colossales dans son déclenchement...
C'est beau les finances, vous créez une crise puis vous vous enrichissez dessus... A ben faut mieux être trader qu'instit, hein.
Le risque est grand de voir se développer encore davantage la surenchère anti-dépenses publiques, hypocritement nourrie de l’exemple grec, pour appuyer les mesures d’austérité s’attaquant aux retraites, aux garanties et à la protection sociales, aux services publics, … Ces mesures constituent pour de nombreux gouvernements, hier en Irlande, aujourd’hui en Grèce, demain au Portugal, en Espagne ou en France, les gages qu’ils souhaitent donner aux marchés financiers.
Suivez mon regard vers la réforme des retraites... tant que vous y êtes jetez un coup d'œil à la détérioration des services publics en France (hôpital, école, université, etc.)
Face à ces logiques, il est urgent de construire une véritable solidarité européenne, non subordonnée aux intérêts financiers, seule garante d’un réel progrès social à l'échelle du continent. Il faut construire des solidarités de lutte pour défendre le progrès social dans toute l’Europe.
Pourquoi est-ce
uniquement le peuple grec (et pas aux français non ça jamais) qui paye
pour la crise déclenché par les marchés financiers et aggravée par les mensonges le maquillage des comptes des gouvernants?
Voir aussi l'excellent Dictionnaire désordonné de la crise grecque de Daniel Schneidermann







